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LE CHATEAU DES SEIGNEURS D'HALEWYN
Par Michel VANCRAYENEST

LLa ville de Menin fortifiéeorsqu'au printemps de l'année 1971, les ouvriers de l'entreprise de travaux publics chargée par les Ponts et Chaussées belges de détourner le cours de la Lys en aval de Menin commencèrent leurs travaux, ils n'imaginaient certainement pas l'effervescence qu'ils allaient provoquer dans Menin et surtout Halluin.

Le but de l'opération était de raccourcir le cours capricieux de la Lys, d'éliminer un méandre et par la même occasion, mettre cette partie de la Lys au nouveau gabarit. Cela se passait en un endroit désert et bien connu pour ses inondations périodiques. Les travaux de déblaiement étaient bien engagés, lorsqu'ils mirent à jour d'épaisses murailles, impressionnantes et rebelles même au marteau piqueur : ils venaient de découvrir les vestiges d'un château fort qui barrait en quelque sorte le nouveau lit de la rivière. Des fouilles furent entreprises pour déterminer avec précision les dimensions de ce château et sa situation par rapport à la rive ancienne encore existante.

Cela attira bien sur l'attention, Nord-Eclair s'en fit l'écho dans son édition du 25 Mai 1971, et ce fut la ruée des curieux, des badauds, des chercheurs, conscients que l'on venait de découvrir les fondations du château des Seigneurs d'Halewyn dont il est fait mention dans "l'Histoire d' Halluin" de l'Abbé Coulon :
"Il y avait autrefois à Halluin un château remarquable, appartenant à ses Seigneurs. Il était situé près de la morte Lys. Il fut pris, en 1488 par les Français qui occupaient Courtrai, et il fut à moitié démoli par eux. Reconstitué dans la suite, il fut pris en 1579 par les Écossais qui s'étaient rendus maîtres de Menin, et il fut presque entièrement brûlé." L'Abbé Coulon ajoute: "Les ruines et l'emplacement de ce château sont encore visibles dans la prairie qui avoisine la morte Lys, à proximité de la cense du château bâtie en 1603."

Nous savons maintenant qu'il se trouvait à l'endroit d'un coude de la rivière qu'il prenait en enfilade dans les deux sens. Il se présentait comme une sentinelle pouvant interdire le passage des bateaux et bien sur se faire verser le tonlieu (Impôt payé sur les marchandises transportées par terre ou par eau). Que l'Abbé Coulon ait encore aperçu des pans de murs du château est parfois contesté, sans doute pouvait-il s'agir de quelque construction ultérieure à cet endroit, car les vestiges mis à nu gisaient complètement sous le niveau des prairies.

Plan de DeVenterPourquoi ce château des Seigneurs d'Halewyn qui apparaît sur le plan de Jacques Deventer réalisé entre les années 1558 et 1575, se retrouve-t-il en Belgique, sur le territoire de Menin ? C'est que le territoire d'Halluin a été beaucoup plus étendu qu'il ne l'est actuellement. Citons encore l'Abbé Coulon:
"La contenance territoriale d'Halluin est de 1248 hectares. Elle était autrefois plus considérable. Elle comprenait 1455 hectares 9 ares. Halluin subit deux fois un démembrement de son territoire. Par le décret du 3 Mars 1686, le roi Louis XIV incorpora dans les nouvelles fortifications de Menin 27 hectares 16 ares; Le territoire d'Halluin fut alors réduit à 1427 hectares 83 ares. Un traité d'échange, conclu le 18 Novembre 1779 entre Louis XV et l'Impératrice Marie-Thérèse, céda aux Pays-Bas autrichiens le hameau du Cornet qui comprenait 179 hectares 93 ares. Il ne restait plus à Halluin que 1248 hectares"

Ainsi la ville d'Halluin souffrit et fit très souvent les frais de la position stratégique et fortifiée de sa voisine Menin : Lors de la guerre de Dévolution, faisant suite au décès de Philippe IV dEspagne (17 Septembre 1665), Louis XIV envahit la Flandre et s'empara sans résistance sérieuse de la ville de Menin. Soucieux de s'y maintenir, il résolut de faire de cette place une forteresse modèle et ordonna à Vauban d'entourer la ville de solides fortifications. Une partie du territoire d'Halluin (27 hectares 16 ares), fut enclavée dans les fortifications. Par son arrêté du 3 Mars 1686, le roi détacha cette enclave de la châtellenie de Lille et l'incorpora à la ville de Menin. Il est à signaler que pour élever ces fortifications, il fallut abattre un grand nombre de maisons d'Halluin. L'église elle-même se trouva trop rapprochée de la nouvelle enceinte ; c'est pourquoi le roi Louis XIV ordonna de la démolir et de la reconstruire à l'emplacement qu'occupe l'église actuelle. L'Abbé Coulon dit avoir consulté un document aux archives d'Halluin qui renseigne sur le nombre et la qualité des maisons qui furent, soit brûlées dans l'incendie du 1er juin 1687, à proximité de l'église, soit démolies pour l'érection des fortifications. Cette déclaration mentionne 78 maisons, dont l'abbé Coulon cite les principales.

Cette enclave, reconquise par les Autrichiens en 1706, en même temps que Menin dont elle était partie intégrante, fut possédée par l'Autriche sans soulever aucune réclamation de la part de la France jusqu'à la guerre de succession d'Autriche. A la faveur de l'occupation de la ville par les troupes françaises, Les fortifications de Menin furent démolies, et une ordonnance de Louis XV du 23 Juillet 1748 restitua à Halluin la partie qui en avait été séparée. Hélas, la paix d'Aix-la-Chapelle, conclue le 13 Octobre 1748 restitua à Marie-Thérèse les Pays-Bas autrichiens tels qu'elle les possédait avant la guerre. Menin retourna ainsi au pouvoir de l'Autriche, avec la partie du territoire d'Halluin qui lui avait été cédée par Louis XIV, et le décret de Louis XV resta non avenu.

Plan des travaux de fortificationMarc Pyncket, historien de la ville de Menin, n'a pu retrouver le document cité par l'abbé Coulon, mais il signale l'existence d'un dossier conservé aux Archives Départementales de Lille constitué en 1745 par l'arpenteur Philippe Ignace Ghesquiere vraisemblablement en vue de la restitution des terrains à Halluin décidée par Louis XV. Ce dossier contient entre autres un plan de 1687 qui comporte 141 parcelles et montre le tracé de l'ouvrage en pointillés. Dans un cartouche il est écrit: "Copie du plan régulier des terrains d'Hallewin qui ont été compris dans l'ouvrage à corne des fortifications de Menin dressé par Me Polderman avant la construction de l'ouvrage". Est jointe à ce plan une liste des propriétaires des 141 parcelles. Ce plan calqué sur le plan d'Halluin de 1590 semble indiquer que les ruines du Château d'Halluin se trouvaient englobées dans ces fortifications (parcelle 139), et faisaient donc partie de ce premier démembrement.

Mais les malheurs d'Halluin n'étaient pas terminés : Une convention sur les limites des Pays-Bas fut conclue le 18 Novembre 1779 entre Louis XVI et Marie-Thérèse afin de régler les litiges et solutionner par des échanges les problèmes que posaient les différentes enclaves autrichiennes en territoire français et vice versa.

Le gouvernement de Bruxelles avait particulièrement à cœur d'établir une communication entre Menin et Tournai par Reckem, ce qui ne pouvait se faire si la France n'abandonnait pas une petite fraction du territoire d'Halluin. Le but de ce projet était de permettre aux habitants de quelques villages de la châtellenie de Courtrai qui étaient banaux des moulins de Menin de s'y rendre librement. La France recevait en échange le fief du Gué-de-la-Motte à Armentières qui était sans conteste moins intéressant que la fraction d'Halluin demandée. En dépit des réticences et des pressions exercées pour éviter cette cession, on ne crut pas pouvoir refuser, car c'était le seul arrangement de quelque importance où l'impératrice trouvât sa convenance, alors que tous les autres étaient à celle de la France. On accepta donc l'échange avec quelques restrictions destinées entre autres à sauvegarder les intérêts du duc d'Orléans à qui appartenait la terre d'Halluin. Dans la déclaration ratifiée le 11 décembre 1779, Marie-Thérèse certifiait que cette partie démembrée ne serait pas unie à la ville de Menin, mais serait traitée sur le pied des villages voisins de la domination autrichienne.

A partir de cette époque, le territoire enlevé à Halluin fit partie de la verge de Menin, fut désigné sous le nom d'Halluin-Nord et eut son bailli particulier et ses deux échevins. La verge ayant été supprimée en 1794, Halluin-nord fut annexé à la ville de Menin dont il fit depuis lors partie intégrante et prit le nom de hameau du Cornet.


Date de création : 15/03/2014 16:45
Dernière modification : 15/03/2014 16:45
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