LA REGION DU FERRAIN
AU TOURNANT DES XVIIIèmes et XIXèmes SIECLES

Par Richard HEMERYCK

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Avant la Révolution, le quartier du Ferrain est une partie de la Châtellenie de Lille. Au début du Premier Empire, il dépend de l'arrondissement de Lille. Il comprend un peu plus de 30 communes étendues sur une superficie d'environ 150 km2. Avant 1791, l'ensemble appartenait au diocèse de Tournai.

Il est limité au Nord par la rivière de la Lys qui le sépare du nouveau département de la Lys. Au Sud, coulent la Deûle et son affluent la Marque. Plus loin, la limite suit approximativement la route (de seconde classe en 1802) de Lille à Tournai. Seule la frontière Est n'a pas de limite naturelle pour la séparer du nouveau département de Jemmapes. L'ensemble est traversé par la route (de première classe) de Lille à Menin (Département de la Lys). Sa largeur est de 16,80m hors fossés. Un pavé est aménagé en son milieu sur 4,56 m.

A la fin de la Révolution, ces grandes routes ont besoin d'être réparées. Le rétablissement des barrières (octrois) permet d'en payer les frais. Avant 1789, elles étaient bordées de plantations magnifiques. Elles furent presque entièrement détruites pendant la Révolution, en partie par les armées ayant occupé le pays. Les jeunes arbres des nouvelles plantations ont péri en grand nombre ou sont tombés sous la hache des malveillants. La route bordée d'arbres complétait un paysage bocager. Les arbres, fruitiers et forestiers, sont épars dans la campagne, dans les haies, à l'intérieur des pâtures.

Ferrain...

Les chemins de communication, de village à village, et des villages aux villes, sont très nombreux. Ils ont été plus négligés que les routes. Leur réparation commence à partir de 1799. En hiver, ils sont difficilement praticables. Pour les emprunter à pied en cette saison, des pierres sont placées exprès sur le bord, à un demi mètre de distance les unes des autres (chemin de pas). Quelques voitures publiques joignent Roubaix et Tourcoing à Lille. En tout, 3 carrosses à 4 roues font le voyage.

Il est plus souvent facile d'utiliser les rivières pour transporter marchandises et personnes. La Lys est la principale rivière. Elle est alimentée par un grand nombre de ruisseaux qui y affluent des deux rives, et par la Deûle. Sa largeur est de 20 m avec ses digues, sa profondeur de 2 m. La Basse Deûle est aussi profonde et plus large (22m avec ses digues). Cet affluent de la Lys est une des branches la plus importante de la navigation locale. L'une et l'autre ont besoin de réparations urgentes. Une taxe de navigation est rétablie en 1802 pour remplacer les péages supprimés. Cette taxe permettra de réparer et d'entretenir les digues et les différents ouvrages, dont les écluses.

Les écluses sont établies à Wambrechies, Quesnoy-sur-Deûle, Deûlémont et Comines. Elles peuvent contenir jusqu'à 15 bateaux. Les bateaux rencontrés sur ces rivières ont une contenance de un demi à 120 tonneaux. Les plus nombreux jaugent entre 30 et 65 tonneaux. Parmi eux circulent quelques carrosses d'eau de 4 à 8 tonneaux. La Deûle voit passer environ 2000 bateaux par an, tirés par une soixantaine de haleurs. Aucun cheval n'est encore employé pour le halage.

La population totale du Ferrain est d'environ 75 000 habitants en 1805. Il y a en moyenne 4,3 personnes par ménage. Chaque ménage a souvent sa propre demeure. La densité est élevée : 503 hab/1m2. Cela tient en partie à la présence des villes de Tourcoing et Roubaix dont de nombreux hameaux demeurent cependant agricoles. Les populations males dominent toujours et se partagent très inégalement les terres.

La Révolution a permis l'augmentation du nombre de propriétés paysannes et de leur surface. La bourgeoisie a cependant profité plus de la vente des Biens Nationaux que les paysans. Tous les Nobles n'ont pas émigré, et ont conservé parle fait même le quart de la terre. Seul le Clergé a tout perdu. Il n'était pas gros propriétaire dans le Ferrain (deux fois et demi moins que dans l'ensemble du département). Les Abbayes étaient rares dans cette région: des Bénédictins à Warneton et des Cisterciens à Marquette.

La propriété paysanne est essentiellement une petite propriété qui s'est un peu accrue sous la Révolution. La majorité des paysans sont des fermiers avant comme après. Les superficies occupées par les agriculteurs ont très faiblement augmenté au profit des exploitants de 1 à 5 ha. H faut cultiver plus ou moins 10 ha pour pouvoir vivre de la terre. Beaucoup de ruraux sont aussi ouvriers agricoles. En morte saison, ils exercent un artisanat pour compléter leurs revenus.

Le paysage bocager du Ferrain est ainsi partagé en de nombreuses petites parcelles allongées en lanières, bordées de fossés pour le drainage. Au milieu se sont implantés quelques gros villages, de nombreux hameaux et des fermes isolées. Toutes les demeures sont encore essentiellement couvertes de chaume.


Date de création : 15/03/2014 16:41
Dernière modification : 15/03/2014 16:41
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