rss Cet article est disponible en format standard RSS pour publication sur votre site web :
http://cgvlf59.free.fr/data/fr-articles.xml


LA VIE QUOTIDIENNE DES PAYSANS DU NORD AU XVIllème SIECLE

...

Une ferme à RoncqComment vivaient nos ancêtres il y a deux siècles ? C'est pour tenter de répondre à cette question que le Cercle généalogique avait convié Monsieur Dominique ROSSELLE, Professeur d'Histoire moderne à lUniversité de Lille III, le samedi 5 octobre 2002 au Centre Culturel Albert Desmedt à Halluin.

Ce dernier brossa un tableau très vivant du mode de vie de nos ancêtres devant un public composé d'une cinquantaine de personnes captivées, plongées en plein XVIlIème siècle, illustrant ses propos de témoignages des lettrés de l'époque et de quelques anecdotes.

Au XVIllème siècle, plus de 80% de la population était rurale, pour la plupart paysans propriétaires ou ouvriers ou autres artisans. La hiérarchie à la campagne s'établissait ainsi:

1) les Censiers, souvent propriétaires
2) les laboureurs, propriétaires de leurs chevaux et de leurs bœufs
3) les manœuvrier ou journaliers, qui travaillaient à la journée dans les fermes

Il existe une grande disparité entre les différentes Censes ou fermes: 2 à 3 grandes censes par village s'occupent de la grande culture, couvrant de 40 à 150 ha et qui possèdent 98 % des chevaux pour les travaux des champs. Les autres sont de petites exploitations qui vivent en autosubsistance et vendent le surplus. Pendant la saison froide, on effectue un travail à domicile pour pouvoir subsister: préparation des produits textiles, filage des fibres, laine ou lin.

On apprend par exemple que la région du Nord était à l'époque celle où l'on était en meilleure santé. La raison ? On y mangeait mieux ! Les carrures étaient opulentes, les hommes comme les femmes aimaient la bière et le beurre, bref, les gens du Nord étaient des bons vivants... d'autant plus que la population était particulièrement jeune comparée aux autres régions, 50% de la population avait moins de 20 ans ! Mais la vie était aussi rythmée par les longues et dures journées de travail. La région était également caractérisée par l'importance prêtée à la famille et à la religion.

Pour compléter cette étude, Richard Hemeryck nous présente dans l'article pages suivantes une exploitation agricole représentative de notre région en 1800.

...

UNE EXPLOITATION AGRICOLE MODELE EN 1800
Par Richard HEMERYCK

...

Il s'agit d'une exploitation située à l'ouest du Ferrain, à cinq kilomètres de Lille. Cette ville de 60.000 habitants alors, augmente la valeur des produits grâce à son débouché peu éloigné. La ferme est installée dans une des parties les plus fertiles de l'arrondissement. Cultivée avec tous le soin et les connaissances des agronomes de l'époque, ses résultats sont au-dessus de la moyenne. D'autant plus que cette ferme s'est affranchie du besoin de laisser reposer la terre, en alternant les productions avec discernement et en apportant une profusion de fumures.

Cette ferme a vingt-deux ha. C'est la surface moyenne des exploitations de l'arrondissement de Lille, en dehors des petites cultures de quatre à cinq hectares. L'exploitant n'est pas propriétaire. Son fermage s'élève à 1715 F par an- Il doit y ajouter les impôts. L'entretien des bâtiments est également à sa charge. Au total : 2216 F.

Ce fermier n'emploie pas ses propres enfants à la culture, probablement parce qu'il n'en a pas. Il gage deux ouvriers dont un valet de charrue et un valet de cour, ainsi que deux servantes. Il paie aussi 300 journées d'ouvriers agricoles par an. Il recourt naturellement toute l'année au maréchal-ferrant, au charron, au bourrelier et au cordier.

Il élève trois chevaux, alors que deux seraient suffisants pour sa charrue. Les bœufs ne sont plus guère utilisés dans le Nord pour tirer les charrues. Il nourrit douze vaches dont dix laitières, une vieille à l'engrais et une génisse. Elles sont pratiquement nourries toute l'année à l'étable. La ferme n'a qu'un seul hectare de pâturages, planté d'arbres fruitiers. Les bêtes fournissent l'essentiel du fumier. Au total, la basse-cour fournit plus de 500 charretées de fumier, de 800 kilos l'une. Le coût de cet engrais s'élève à environ 1100 F. D'autres engrais viennent s'y ajouter : des cendres, des tourteaux, de la colombine (fiente des oiseaux de basse-cour) etc. pour environ 670 F l'an.

L'élevage bovin rapporte en beurre, veaux, lait de beurre (lait battu) et viande, 1920 F par an. C'est moins que la nourriture dont le coût s'élève à 2520 F. Mais le fumier rend le bilan positif. La culture dominante est celle du blé. L'avoine suit, puis le seigle, les fèves, les pommes de terre, les betteraves, les rappes ou navets, le lin et le colza.

paysansMoissonUne grande partie de la production est consommée à l'intérieur de la ferme. Le fermier, sa femme et leurs quatre domestiques consomment quatre hectolitres de blé par tête et par an. Ils mangent 466 kilos de viandes salées (84 kilos pour chacun des deux patrons, 75 kilos par domestique). La viande est fournie par la vache à l'engrais, par les deux porcs entretenus dans la ferme pour y être tués, par les poules et leurs œufs.

Le beurre et le lait battu proviennent de la ferme. 230 kilos de beurre sont consommés par an, dont 45 kilos pour chacun des fermiers et 35 kilos pour les domestiques. Chacune des dix vaches laitières produit quatre-vingt-sept kilos de beurre par an. La bière est achetée, un tiers de litre par jour et par personne. Son coût s'élève à 110 F par an. Quantité bien faible, mais le fermier vit avec parcimonie et s'abreuve surtout de lait, de beurre, comme beaucoup d'habitants de l'arrondissement de Lille.

Les recettes de la ferme comprennent la vente du blé non consommé (140 hectolitres), celle du seigle (50 hectolitres), de l'escourgeon (30 hectolitres), de l'avoine (100 hectolitres). Les céréales rapportent au total plus de 3 100 F. Les diverses pailles rapporteraient 1550 F si elles n'étaient pas presque entièrement utilisées sur place. C'est la même chose pour les 73 hectolitres de pommes de terre. Betteraves, carottes, navets, choux-collet, rapportent aussi, mais moins que le lin et surtout le colza. Les 89 hectolitres de ce dernier fournissent 1700 F. Les fruits du verger, les légumes du jardin, servent essentiellement à la consommation intérieure de la ferme. Même le chauffage est en partie fourni par les tiges de colza, de fèves, l'élagage des haies qui entourent le verger et les arbres fruitiers qui garnissent ordinairement ces haies.

La balance des recettes et des dépenses est évaluée à un excédent de 1282 F, (11644 F de recettes et 10362 F de dépenses) c'est à dire 12% de la dépense. Le bénéfice est de 56 F à l'hectare. Il est rare qu'un fermier n'utilise pas ses enfants. Ceux-ci suppléent rapidement à une partie du travail demandé aux domestiques. Le produit de leur gage ne sort plus des mains du fermier, mais celui-ci doit le dépenser pour l'entretien de sa progéniture.

Il est possible même que le bénéfice s'élève à 1500 F l'an, à moins d'accident imprévu. Car «l'occupeur» d'une ferme de cette importance a la possibilité d'attendre les moments les plus favorables pour vendre ses grains au prix le plus élevé. En comparaison, le gage des deux domestiques était de 250 F par an, celui des servantes de 215 F, et une journée d'ouvriers agricoles de 1,25 F à 1,50 F selon la saison. Un instituteur primaire n'avait pas toujours 500 F de traitement par an.

Le laboureur de l'arrondissement de Lille retire ainsi un salaire honnête de ses travaux, en donnant l'exemple d'une polyculture associée à l'élevage, dégagée des entraves de la routine qui comporte encore la jachère alors, et fait perdre le tiers de la surface parfois. Cette jachère est ordinairement pâturée par des moutons. Ce fermier n'en possède pas.

Malgré ces résultats, l'agriculteur de l'arrondissement de Lille ne nourrissait pas les nombreux habitants de la région. La culture des graines oléagineuses a été substituée en partie aux céréales sur les terres les plus productives. Le déficit en froment est de 26% environ. Les rendements n'étaient pas ceux d'aujourd'hui. Les meilleures terres ne donnaient que 23 hectolitres à l'hectare pour le froment, 20 pour l'épeautre, 25 pour le méteil (seigle plus froment), 25 pour le seigle, 36 pour l'orge et 41 pour l'escourgeon. C'était cependant beaucoup plus que les dix à quinze quintaux à l'hectare obtenus en moyenne en France à la même époque.


Date de création : 15/03/2014 16:37
Dernière modification : 15/03/2014 16:37
Catégorie : Les sources - Articles
Précédent  
  Suivant


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !